Dantotsu : Les startup tech « agiles » traversent mieux les crises

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La question de Julie

Qu’on le veuille ou non, les crises ont le pouvoir de faire bouger les choses. Ces derniers temps, nous assistons à une succession de phénomènes plus ou moins catastrophiques (pandémies, guerres, inquiétudes environnementales…) qui nous montrent très clairement là où le bât blesse mettant à mal la plupart des supply chains et questionnant la survie du système établi !

Nous devons certainement tirer des apprentissages de cela et rebattre les cartes. Pourquoi le Dantotsu de Nomura-San serait-il la voie à suivre ? En quoi pourrait-il nous aider dans la conjoncture actuelle ?

La réponse de Sandrine Olivencia

Les crises ne font pas que des cadeaux aux startups de la Tech : il est vrai que la crise du Covid a profité à celles qui ont su surfer sur la vague du télétravail et des confinements successifs. Mais beaucoup d’entre elles ont aussi souffert des retombées : un turnover des employés beaucoup plus important et donc une perte de connaissance et de productivité, une difficulté à faire revenir les gens au bureau une fois les confinements passés, une guerre des talents pour réembaucher après la crise… et cela a été couplé à une baisse généralisée de la demande typique des grosses crises. Elles dont dû se serrer la ceinture et revoir leurs priorités : la course à la croissance rapide soutenue par des financements à gogo semble être un sujet du passé. Les investisseurs changent petit à petit leur fusil d’épaule et demandent beaucoup plus qu’une histoire bien ficelée avant d’investir : ils veulent des garanties que les boites savent gagner de l’argent sur le long terme sans trop dépenser.

Certaines de ces entreprises en ont profité pour réfléchir à des stratégies de croissance pas seulement axées sur la rapidité mais aussi sur l’efficacité, afin de satisfaire ces nouvelles contraintes et savoir mieux affronter les crises. Les patrons de ces entreprises ont compris quatre choses :

  1. la non-qualité est le facteur de ralentissement le plus important et qu’il fallait avoir une vraie stratégie claire au niveau de toute l’entreprise
  2. que la qualité n’était pas une activité de fin de parcours à déléguer à une entité externe, qu’il fallait l’intégrer dans tout le parcours
  3. que cela marchait mieux si les gens eux-mêmes étaient capables et acceptaient de repérer leurs propres défauts et de les résoudre tout de suite
  4. et que tout cela n’était possible que si les patrons mêmes s’investissaient à fond dans cette initiative et qu’ils embarquaient les managers avec eux 

Les CTOs et fondateurs des startups tech qui s’étaient déjà lancées dans le lean comme Sipios, Hokla ou Ocus ont trouvé dans l’approche Dantotsu de Nomura-San une façon convaincante d’embarquer les équipes techniques dans l’amélioration continue de la qualité, pour accélérer les livraisons et soutenir la croissance. Ce qui est une petite révolution dans le monde des startups tech ! Je recommande notamment l’article de Woody Rousseau, CTO et co-fondateur de Sipios publié sur le site américain du Lean Enterprise Institute. J’ai aussi récemment publié un article sur le Dantotsu dans la Tech où je décris les approches de qualité totale démarrées chez Hokla et Ocus.

Mais cette approche de qualité radicale n’est pas toujours si simple à mettre en place dans les startups tech et pour cause : dans le monde du développement logiciel, il existe une croyance que le produit sans bug n’existe pas, et que le zéro bug est une utopie. Qu’il vaut mieux aller vite et réparer ensuite. C’est faux, et ces CTO/fondateurs l’ont très bien compris. Réparer coute plus cher et prend plus de temps. La non-qualité est présente partout dans l’entreprise et ralentit considérablement sa croissance : à chaque fois qu’un client se plaint, qu’un bout de code plante, qu’un test ne passe pas, que je dois refaire une tâche, qu’une spec est incomplète, etc… cela a un impact sur les délais et la productivité des équipes. In fine, cela impacte la satisfaction des clients et donc les ventes. Cela impacte aussi fortement les coûts opérationnels et donc la rentabilité de l’entreprise.

Nombre de startups se cassent les dents sur cette idée fausse chaque année. En négligeant la qualité, elles rentrent dans un cercle vicieux où elles n’ont plus assez de cash pour couvrir tous les coûts de développement car elles sont empêtrées dans la non-qualité. En période de crise, ces startups s’essoufflent et perdent du terrain plus vite car elles se font vite dépassée par des entreprises plus « agiles ». Ici je parle d’agilité et non d’agile inventé par des développeurs informatiques il y a 20 ans. Il s’agit de l’agilité de toute l’entreprise et de sa capacité à livrer des produits et services rapidement et efficacement, quelques soient les problèmes de qualité que les employés doivent affronter au quotidien. La vraie agilité est fondée sur une forte culture de visualisation et de résolution des problèmes de qualité partout dans l’entreprise. On visualise les problèmes par la mise en place de systèmes kanban qui traversent toute l’entreprise. On résout les problèmes en mettant en place des chaines d’aide et de mentorat à tous les niveaux. Tout cela est organisé et tiré par les patrons et les managers. C’est vraiment ce que l’on cherche pour faire de la croissance rapide et pérenne avec le lean, et pour mieux traverser les nombreuses crises durant toute la vie d’une entreprise.

Sandrine Olivencia

Sandrine Olivencia

Membre de l’Institut Lean France et associée de Lean Sensei Partners. Co-auteure de la chronique Lean Sensei Women sur le site du Lean Enterprise Institute américain.

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